Paludisme à Kinshasa/Masina : le Doctorant Macaire Munduyu Mambu place la gouvernance locale au cœur de la prévention
Dans un contexte où le paludisme demeure l’une des premières causes de mortalité à Kinshasa, particulièrement dans la commune de Masina, le Doctorant Macaire MUNDUYU MAMBU poursuit une recherche scientifique ambitieuse qui pourrait transformer durablement les stratégies de prévention.
Inscrit en thèse au sein de l’Université Catholique d’Afrique Centrale au Cameroun, le chercheur consacre ses travaux à l’analyse des « logiques d’acteurs » dans l’élaboration d’un programme de prévention adapté au district de Masina. Son approche dépasse les méthodes classiques centrées exclusivement sur les outils biomédicaux pour inscrire la lutte contre le paludisme dans une dynamique systémique, territorialisée et politiquement soutenable.
Une recherche ancrée dans les réalités de Masina
Bien que menant ses recherches académiques au Cameroun, le Doctorant Macaire a choisi de concentrer son étude sur sa commune de Masina, à Kinshasa, où la recrudescence des cas de paludisme continue d’inquiéter.
Dans cet environnement urbain dense, caractérisé par l’urbanisation anarchique, l’insalubrité environnementale, la précarité socio-économique et la pluralité d’acteurs institutionnels et communautaires, la persistance du paludisme révèle, selon lui, moins un déficit de connaissances techniques qu’un déficit d’articulation stratégique entre les différentes parties prenantes.
Au cœur de sa thèse figure le concept de « logiques d’acteurs », entendu comme l’ensemble des intérêts, contraintes, représentations et stratégies qui orientent le comportement des institutions, des partenaires, des responsables politiques et des communautés impliqués dans la prévention et la prise en charge du paludisme.
Sous la direction académique des Professeurs Ngo Likeng Louise et S. M. Ambomo épse Mvoa, le Doctorant inscrit son travail à l’interface entre santé publique, sociologie des organisations et analyse des politiques publiques.
Sa recherche met en évidence que : Les autorités sanitaires fonctionnent selon une logique institutionnelle orientée vers la redevabilité et les résultats mesurables,Les partenaires techniques et financiers privilégient une logique de performance et de visibilité,Les acteurs politiques locaux poursuivent souvent une logique de légitimité territoriale, Les communautés développent des logiques culturelles et économiques influençant l’acceptabilité des mesures préventives.
Pour le Doctorant, l’enjeu n’est pas d’opposer ces rationalités, mais de les articuler dans une gouvernance collaborative.
L’apport scientifique majeur de cette thèse réside dans la formalisation d’un modèle structuré autour de quatre étapes :
Cartographie stratégique des acteurs ;
Organisation d’un forum multisectoriel de concertation ;
Élaboration participative d’un plan d’action territorialisé ;
Mise en place d’un mécanisme de suivi-évaluation partagé et redevable.
Ce modèle rompt avec la planification descendante souvent standardisée et centrée sur des indicateurs imposés par des agendas internationaux. Il privilégie une planification co-construite, fondée sur le dialogue structuré entre les acteurs locaux.
L’innovation du Doctorant Macaire se situe également dans la reconnaissance du caractère profondément politique – au sens de gouvernance publique – de la lutte contre le paludisme.
Répartition des ressources, planification urbaine, coordination intersectorielle et justice sanitaire sont autant de dimensions qui influencent l’efficacité des programmes. Sa recherche démontre qu’aucune stratégie durable ne peut réussir sans un ancrage solide dans les dynamiques décisionnelles locales.
L’originalité de la posture du Doctorant réside dans sa capacité à transformer un concept analytique – les logiques d’acteurs – en outil stratégique de planification territoriale.
Son travail offre ainsi aux décideurs un cadre d’aide à la décision fondé sur l’analyse des rapports de force, des intérêts convergents et des marges de négociation. En plaçant la co-construction au centre du dispositif, il favorise l’appropriation communautaire et la durabilité des interventions au-delà des cycles de financement.
Si Masina constitue le terrain d’étude, la recherche possède un potentiel de transférabilité vers d’autres districts urbains africains confrontés aux mêmes défis : forte densité démographique, dépendance aux financements extérieurs et pluralité institutionnelle.
En définitive, la contribution scientifique du Doctorant Macaire MUNDUYU MAMBU ne se limite pas à l’étude du paludisme comme problème sanitaire. Elle propose une reconfiguration stratégique de la prévention fondée sur l’intelligence collective, la gouvernance collaborative et la co-production des politiques publiques.
À travers cette thèse menée au Cameroun et appliquée au contexte de Masina, il positionne son travail comme une référence émergente dans le champ de la gouvernance sanitaire urbaine en Afrique.
Bosco KIAKA



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