Affaire « Plaques d’immatriculation et Kinshasa Arena » : la vérité des chiffres attendue devant la justice !
Les deux ordres de paiement portant paiement à Milvest
*Ces dernières semaines, les dossiers des plaques d’immatriculation et de la Kinshasa Arena ont suscité de vifs débats dans l’espace public, au point de semer le doute et de brouiller les boussoles de l’opinion. Entre interprétations approximatives, lectures hâtives et analyses contradictoires, la nécessité de revenir aux faits documentés s’impose avec rigueur. L’examen des chiffres, des décisions administratives et des actes de gestion révèle des éléments précis qui appellent aujourd’hui une clarification approfondie, appelée à être tranchée par la justice, seule instance habilitée à départager les controverses et à fixer les responsabilités.
Affaire plaques et Arena
Des accusations aux preuves : rendez-vous devant les juges pour Bosolo TV
(Par Rhodes Massamba, journaliste indépendant)
Le 20 janvier dernier, le paysage médiatique congolais a été marqué par une intervention particulièrement acerbe d'Israël Mutombo sur sa chaîne, Bosolo TV. Le présentateur s'est livré à une offensive verbale directe contre Nicolas Kazadi Kadima Nzuji, Député National et ancien Ministre des Finances, utilisant un ton d'une rare virulence pour mettre en cause son intégrité.
Se revendiquant du journalisme d'investigation, Israël Mutombo a interpellé l'ancien ministre en ces termes : « Vous avez empoché plus de 105 millions de dollars... Il ne s’agit pas de promesses de paiement, mais de sommes déjà décaissées. Nous savons qui tire les ficelles. » Poursuivant sur sa lancée, il a lié cette accusation au dossier des plaques d'immatriculation à la DGI, suggérant un népotisme flagrant : « Dis-nous quel est le nom de la propriétaire de la société qui fabrique ces plaques. De qui est-elle l'épouse ? Tu as confié ce marché à ta propre femme, qui était sans emploi, au mépris de ta fonction de mandataire public. »
L'animateur ne s'est pas arrêté là, fustigeant également la gestion du projet Arena. Selon lui, 105 millions de dollars auraient été payés pour une infrastructure restée inachevée. « L'argent de ce pays n'a-t-il pas d'autres priorités ? Vous avez commis des erreurs graves et devriez en avoir honte », a-t-il martelé à l'antenne.
Toutefois, au-delà de l'agressivité du style et de la prise à partie personnelle — qui s'éloignent des standards professionnels de la presse — le fond du problème réside dans l'exactitude des faits. Il apparaît, après examen, que les affirmations de M. Mutombo s'avèrent être des allégations dépourvues de tout fondement factuel, contredisant les réalités administratives et financières des dossiers cités.
La vérité sur le dossier des plaques d'immatriculation
Contrairement aux allégations circulant dans les médias, une investigation auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI) confirme que l'épouse de Nicolas Kazadi n'a jamais été impliquée dans la production ou la vente des plaques minéralogiques. L'historique des contrats révèle une réalité bien différente :
- Le monopole historique (2009-2023) : Durant 14 ans, la société UTSCH Congo (filiale d'UTSCH AG Allemagne) a détenu l'exclusivité du marché. Son contrat initial de dix ans a été prolongé jusqu'en 2023 dans des conditions jugées opaques par l'Observatoire Le Congo n'est pas à vendre (CNPAV).
- La période de transition (2024) : Entre janvier et avril 2024, la fourniture a été assurée par la société Valornet, sous la direction de Christian Muamba – inconnu de Nicolas Kazadi qui, du reste, avait déjà quitté le ministère des Finances – via un contrat temporaire dûment signé par la DGI pour éviter toute rupture de stock.
La réforme Kazadi : Une volonté de rupture avec les monopoles
Dans son communiqué du 8 janvier 2026, Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV), indique que l'arrivée de Nicolas Kazadi au ministère des Finances a marqué le lancement d'une vaste restructuration du secteur des plaques d'immatriculation. L'objectif affiché était alors de rompre avec les pratiques opaques du passé à travers quatre piliers stratégiques :
- Modernisation radicale : Une digitalisation complète des procédures pour éliminer la lenteur administrative et les réseaux de corruption.
- Protection du pouvoir d'achat : L'instauration d'un prix public unique et transparent fixé à 120 USD.
- Optimisation des recettes régaliennes : Une révision des quotes-parts pour garantir que le Trésor public soit le principal bénéficiaire de cette taxe.
- Libéralisation du marché : La fin du monopole au profit d'une mise en concurrence de plusieurs prestataires par zones géographiques.
Cette nouvelle impulsion s'était concrétisée par un appel d'offres international rigoureux, ayant attiré des leaders mondiaux du secteur, associé chacun à des entrepreneurs locaux. À l'issue de ce processus, trois consortiums de renommée internationale avaient été présélectionnés pour implanter des unités de production locale en RDC :
- Le groupement germano-congolais Serkas et Muhlbauer ;
- L’alliance française Ray Group et SPM, pilotée par Roger Yaghi ;
- La firme belge Castillo Valere BV, représentée localement par Georges Geobat.
Cette stratégie visait non seulement à sécuriser l'approvisionnement, mais aussi à créer une valeur ajoutée industrielle sur le territoire national.
Le revirement de l’actuel Ministre des Finances
Malgré la validation de ce processus par la Primature, la CNPAV rapporte que la réforme a été brusquement interrompue sous le mandat de l’actuel Ministre des Finances. A la place, une nouvelle procédure confidentielle a abouti à la désignation de Castillo Valere BV, représentée par Georges Batuleji, un cadre de l'UDPS proche des cercles du pouvoir. D’après nos investigations, ce dernier est également inconnu de M. Nicolas Kazadi et de sa famille.
Un manque à gagner pour l'État
L'arrêté signé le 10 novembre 2025 scelle l'échec de l'ambition de Nicolas Kazadi d'augmenter la part de l'État. Sur une plaque vendue 115 USD, la répartition actuelle privilégie largement le secteur privé :
|
Bénéficiaire |
Quote-part (USD) |
|
Trésor Public |
36,60 |
|
Castillo Valère BV |
64,99 |
|
Valornet |
9,99 |
|
DGI & Comité de suivi |
3,04 |
Ces chiffres montrent que la plus grande part des recettes revient aujourd’hui aux opérateurs privés, contrairement à l’orientation défendue par l’ancien ministre.
Dossier Kinshasa Arena : Les preuves qui contredisent Israël Mutombo
Le dossier Kinshasa Arena vient confirmer le caractère infondé des attaques d'Israël Mutombo. Les faits démontrent une gestion rigoureuse, à l'opposé des accusations de dilapidation des fonds publics.
Une économie majeure pour le Trésor Public : Il est essentiel de rappeler que c'est Nicolas Kazadi qui a renégocié le coût de cette infrastructure. Le contrat initial avec l'entreprise Suma, évalué à 170 millions USD, a été ramené à 104 millions USD avec Milvest. Cette intervention a permis à l’État congolais de réaliser une économie substantielle de 66 millions de dollars.
La vérité sur les paiements effectués : L'affirmation selon laquelle la totalité du budget aurait été versée avant la fin des travaux est erronée. Les ordres de virement en notre possession sont formels :
- Sous Nicolas Kazadi : En date du 5 mai 2023, le ministre n'avait ordonné le paiement que de 31 185 210 USD. Ce versement était strictement conditionné par l'avancement du chantier, qui affichait alors un taux de réalisation physique de 61 %.
- Sous Doudou Fwamba : C’est en réalité son successeur qui a décaissé la majeure partie des fonds restants, soit 45 828 024 USD, le 2 septembre 2024, pour apurer la dette envers Milvest.
Vers un dénouement judiciaire
Il apparaît clairement qu'Israël Mutombo a diffusé des informations contraires à la réalité comptable et administrative. Cette série de contrevérités place désormais le journaliste dans une position délicate. Suite à l’action judiciaire menée par des proches du député Kazadi, la solidité des preuves documentaires fournies pourrait conduire le tribunal à prononcer une condamnation ferme, marquant ainsi la fin de l'impunité pour la diffamation médiatique.



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