Régulation du transport à Kinshasa : bras de fer entre l’Hôtel de Ville et les associations de chauffeurs
Kinshasa a vécu, hier, lundi 26 janvier 2026, une journée à haute tension sur le front de la mobilité urbaine. Depuis le Stade des Martyrs, le Gouverneur Daniel Bumba a donné le go d’une opération mixte de contrôle de conformité au Code de la route, mobilisant plus de 3 000 agents issus notamment de la Police Nationale Congolaise, de la BSPE/BESK, de la Division urbaine des Transports ainsi que d’autres services spécialisés. Objectif affiché : restaurer l’ordre dans le secteur des transports, longtemps secoué par l’indiscipline, la fraude documentaire, l’irrégularité technique des véhicules et les querelles autour des prix pratiqués sur les lignes.
Sur le fond, le dispositif annoncé se veut large. Il porte sur la vérification des permis de conduire, le contrôle technique des véhicules, la régularité des assurances, les autorisations de transport ainsi que le respect de la tarification officielle.
Le Gouverneur a, en même temps, appelé les Kinois, conducteurs comme opérateurs à se mettre en règle, tout en insistant sur un principe devenu central dans la communication des autorités : des contrôles sans abus, censés éviter les dérives, tracasseries et rançonnements qui polluent régulièrement les opérations de terrain.
Dans l’esprit du Gouvernement provincial, cette démarche doit contribuer à améliorer la mobilité et, au-delà, la qualité de vie dans une ville où le transport est à la fois une nécessité vitale et un champ permanent de tensions.
Les chauffeurs paralysent la ville par une grève
Cependant à Kinshasa, toute réforme du transport touche à un nerf à vif. Le déploiement massif des agents a provoqué une grève des chauffeurs de transport en commun observée dans une grande partie de la capitale.
Conséquence directe : une perturbation brutale des déplacements, surtout dans des zones très dépendantes du taxi-bus.
- Dans la commune de Bandalungwa, au centre de la ville, des centaines de personnes ont été contraintes de faire le trajet à pied, tandis que d’autres ont choisi de recourir aux motocyclistes pour rejoindre travail et école.
- Au rond-point Ngaba, la situation a été encore plus tranchée : aucun taxi-bus ni taxi-moto n’a été observé, signe d’un arrêt de travail fortement suivi.
- A l’inverse, au district de Tshangu dans l’est de Kinshasa, aucun mouvement de grève n’a été signalé, révélant une application inégale du mot d’ordre selon les zones et les dynamiques locales.
Le chiffre donne la mesure du choc : la circulation des transports en commun n’aurait atteint que 3 à 5 % dans la capitale, d’après Bienvenue Kakule, président de l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO), section Kinshasa.
Selon lui, la quasi-totalité des chauffeurs serait restée hors des routes, et la crise serait liée au non-paiement de certaines taxes imposées, d’après les associations, par les autorités provinciales. En clair, l’opération de conformité est perçue par une partie du secteur non comme une simple remise en ordre, mais comme une pression supplémentaire dans un contexte de charges jugées élevées.
La proposition d’une dérogation de six mois
Dans ce climat, une piste de désescalade commence à circuler. Une mesure dérogatoire de six (6) mois pour l’obtention des documents automobiles a été sollicitée auprès de l’autorité urbaine.
L’idée, défendue notamment par Nicolas Djomo, conseiller communal de Kalamu, est d’accorder un délai permettant aux conducteurs d’obtenir les documents exigés de manière graduelle ou échelonnée, au regard de leur coût jugé élevé.
Cette proposition cherche à concilier deux impératifs souvent opposés sur le terrain :
- l’exigence de conformité : sécurité, traçabilité, assurance, respect de la loi,
- et la réalité économique des opérateurs, dont beaucoup travaillent au jour le jour.
Cette opération met à l’épreuve la capacité de l’autorité urbaine à imposer la discipline dans le transport sans déclencher une crise sociale durable. La promesse de contrôles sans abus sera observée à la loupe par les chauffeurs, tandis que les usagers, eux, attendent un résultat concret : un transport disponible, sûr, et à un prix stabilisé.
La suite dépendra d’un facteur décisif : le dialogue. Car à Kinshasa, une ville qui vit au rythme de ses embouteillages, la régulation du transport ne se gagne pas seulement par le déploiement d’agents, mais par une adhésion progressive des acteurs du secteur ou, à défaut, par un rapport de force dont les premières victimes restent toujours les mêmes : les citoyens à pied.
Nathan Mundele



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