Et si l’Afrique était devenue un enjeu essentiel pour Trump ?, Trump I : désintérêt, condescendance, mépris et insulte envers l’Afrique
(Par Christian Gambotti, Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD)
Lors de son premier mandat, le désintérêt de Trump pour l’Afrique est « assorti d’une ostensible condescendance et d’un mépris confinant à l’insulte », selon Niagalé Bagayoko, présidente de l’ « African Security Sector Network. ». Quelques mois avant la réélection de Donald Trump, le « Projet 2025 », rédigé en novembre 2024 par le think tank ultra-conservateur « Heritage Foundation », ne consacre à l’Afrique que trois paragraphes superficiels centrés sur l’exploitation du potentiel économique d’une « Afrique utile ». Lors de son retour à la Maison Blanche, Trump démantèle l’USAID, ce qui provoque une catastrophe humanitaire sur le continent et il gèle l’AGOA, ce qui met sous pression les exportations africaines vers les Etats-Unis. Pour Niagalé Bagayoko, Trump ne fait qu’aggraver le « “benign neglect” (l’indifférence calculée) qui a toujours caractérisé la politique des présidents américains successifs envers le continent ». Obama, lui-même, avait porté un intérêt limité à l’Afrique, loin de son discours-phare prononcé au Ghana en juillet 2009. L’administration Obama se contente de tenir des discours dont la rhétorique politique diffère de celle de l’administration Bush, sans rien changer sur le fond. L’Afrique reste au second plan des priorités géoéconomiques, géopolitiques et géostratégiques des Etats-Unis, excepté un vague intérêt pour la lutte contre le terrorisme.
Changement de cap avec Trump II
La logique de Trump est cohérente, elle n’est pas erratique, comme le laissent supposer ses multiples volte-face parfois contradictoires. Trump ne se pose qu’une seule question : à quoi ça sert ? A quoi ça sert d’aller en Afrique ? A quoi ça sert de soutenir l’Ukraine ? A quoi ça sert de défendre Taïwan ? A quoi ça sert de frapper massivement l’Iran ? La réponse doit servir les lignes politiques du « MAGA » (Make America Great Again) et de l’« America First ». En répondant à la question « à quoi ça sert ? », voici que l’Afrique apparaît soudain au milieu de l’hyperactivisme de Trump. Le continent figure désormais à son agenda pour deux raisons : les opportunités économiques que représente l’Afrique dans le secteur stratégique des minerais (terres rares) et la nécessité de contrecarrer l’influence chinoise sur le continent. Trump ne s’intéresse pas à la démocratie, aux droits de l’homme et à l’application des principes de bonne gouvernance. Il met en œuvre en Afrique, comme partout dans le monde, une diplomatie transactionnelle dans un cadre bilatéral : appui des Etats-Unis (investissements, sécurité) contre des accords commerciaux, le tout habilement présenté sous les habits du « faiseur de paix ». Le laboratoire de cette stratégie en Afrique a été la République Démocratique du Congo (RDC) dans ses relations conflictuelles avec le Rwanda. Aujourd’hui, Félix Tshisekedi, le président congolais, multiplie les visites à Washington et les émissaires américains se précipitent à Kinshasa. Fin janvier 2026, une liste restreinte de projets miniers a été transmise par Kinshasa à l'administration américaine. Elle doit être examinée par Washington qui va évaluer l'opportunité d'investir en RDC dans le cadre du partenariat sur les minerais stratégiques.
Visite de chefs d’Etat africains à Washington, retour de l’aide humanitaire, dégel de l’AGOA
- Visite de chefs d’Etat africains à Washington - Du 9 au 11juillet 2025, Donald Trump a reçu à Washington cinq chefs d’Etat africains dont les pays (Sénégal, Mauritanie, Guinée-Bissau, Gabon et Liberia), qui ne sont pas des poids lourds de l’économie africaine, présentent un intérêt majeur dans le secteur stratégique des minerais. Le président américain veut multiplier les « deals » en Afrique, dans un cadre bilatéral, afin de contrer la forte présence chinoise dans les mines africaines.
- Retour de l’aide humanitaire – Il n’y a pas de retour en arrière sur la suppression de l’aide humanitaire américaine en Afrique. Le démantèlement de l’USAID est confirmé. Mais, si la diplomatie philanthropique multilatérale disparaît avec Trump, l’administration américaine relance certains programmes d’aide humanitaire pays par pays en fonction des seuls intérêts américains. L’aide humanitaire relève, là encore, de la diplomatie transactionnelle entre Washington et les Etats africains.
- Dégel de l’AGOA – Lancé en 2000 par Washington, sous la présidence du démocrate Bill Clinton, l'African Growth and Opportunity Act (AGOA) est un accord commercial qui permet à de nombreux produits africains d'accéder au marché américain sans droits de douane, A l’automne dernier, sous le mandat Trump, l’AGOA n’avait pas été renouvelé pour deux raisons : une raison technique, les Etats-Unis étaient en pleine paralysie budgétaire et une raison politique qui consiste à vouloir aligner le commerce sur la politique « America first » du président américain, L’objectif étant de résorber l’abyssal déficit budgétaire des Etats-Unis, Trump veut revoir tous les accords commerciaux signés par son pays en faisant des droits de douane un moyen de pression, y compris pour les pays émergents. La réactivation de l'AGOA pour une année, jusqu’en décembre 2026, est évidemment une bonne nouvelle pour une trentaine d’Etats africains. Mais, il ne s’agit pas d’un retour qui viendrait consolider l’AGOA lancé il y a 25 ans, afin d’en faire, de façon définitive, un outil de développement, sur une longue durée, pour les pays émergents. Jamieson Greer, le représentant au commerce de la Maison Blanche, a bien précisé qu’il s’agit de « moderniser » ce programme, afin de l'aligner sur la politique commerciale « America First » de Donald Trump. Cette courte pause doit permettre de mettre en œuvre, sur le long terme, de nouvelles stratégies d’exportation des produits américains en Afrique.
L’intérêt soudain de Trump pour l’Afrique est-il une bonne nouvelle ?
L’intérêt que porte Trump à l’Afrique est une bonne nouvelle, car, parmi la trentaine de pays bénéficiaires du dégel de l’AGOA, chaque Etat, dans un cadre bilatéral, peut à nouveau accéder au marché américain et exporter ses produits sans droits de douane, ce qui représente une bouffée d’oxygène. Mais, il ne faut pas oublier l’arrière-pensée de Trump, qui, à travers les mécanismes de la diplomatie transactionnelle, cherche à offrir dès à présent un meilleur accès au marché africain aux entreprises, aux agriculteurs et aux éleveurs américains.
La bonne nouvelle est plutôt la suivante : face à l’épuisement des partenariats hérités du vieux monde et aux appétits des empires (Chine, Russie, Etats-Unis) qui veulent s’emparer du continent, l’Afrique doit s’engager dans une diversification stratégique de ses partenaires. Trump est le révélateur des dysfonctionnements du monde pré-trumpien qui ont retardé le développement du continent. Obligés de sortir de la paresse intellectuelle qui les a conduits à s’enfermer dans une culture de l’aide (Aide Publique au Développement, endettement, prêts chinois), les dirigeants africains doivent désormais bâtir des stratégies de développement endogène (transformation locale) et développer le commerce intra-africain, ce que ne permet pas encore la ZLECAf.
Christian Gambotti
Agrégé de l’Université – Président du think tank Afrique & Partage – Président du CERAD (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Afrique de Demain) - Directeur général de la Tigui Foundation (Abidjan) – Chroniqueur, essayiste, politologue. Contact :



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