Le communisme est un humanisme

Le communisme est un humanisme

(Par le Professeur Patience Kabamba)

 

Dans ce MDW, le projet marxien de communisme sera présenté comme une forme d'humanisme. Plus qu'un révolutionnaire de premier plan, Marx était avant tout un théoricien majeur. Nous allons ici décrire la finalité communiste marxienne qui, il est utile de le rappeler, était davantage pratique que théorique, inaugurant ainsi une nouvelle approche de la conceptualisation de la pratique et de la mise en œuvre de l’action. A l'instar des figures intellectuelles majeures de l'histoire, Marx aspirait à initier une analyse critique fondamentale de l'intégralité de l'ordre établi. Ainsi que l’énoncera Engels, le communisme ne constitue pas la situation spécifique d’une nation particulière, mais plutôt « l’aboutissement nécessaire » des caractéristiques générales de la civilisation moderne. Le terme « communiste » est antérieur à Marx et possede une signification spécifique. La progression historique du terme « communisme » au sein de l’évolution de la pensée sociale peut être caractérisée chronologiquement. En effet, l’élaboration de la visée communiste marxienne est le fruit d’une collaboration intellectuelle particulièrement prolifique, à savoir celle de Marx et Engels.

Communisme anté-marxiste antérieur aux années 1840

Les idées de réforme de la société dans son ensemble étaient déjà présentes dans les esprits avant l'avènement de Karl Marx. En 1840, il était possible d'évaluer la complexité foisonnante du mouvement d'idées réformatrices et révolutionnaires qui animait les milieux populaires en Europe occidentale, au moment même où se produisait une conjonction explosive de l'essor industriel, de l'inégalité sociale et de la réaction politico-religieuse.

Le terme « communisme » était issu d’une des lignées sémantiques les plus estimées des lexiques moral, religieux, social et politique, comprenant des concepts tels que le commun, la commune, la communion, la communauté et le communautaire. À cette époque, ce vocabulaire du commun et de la commune évoquait des traditions porteuses de significations à haute valeur éthico-sociale, telles que l'amour du prochain, l'égale dignité de tous les humains, le rejet de l'égoïsme possessif, l'excellence du partage, la supériorité du choix collectif et l'idéal de l'être ensemble.

L'adhésion régulière à la solidarité communautaire, une pratique ancrée dans l'utilisation des biens communs. Une expérience approfondie des administrations municipales. Dans le contexte socio-économique difficile des années 1840, le terme « communiste » s'inscrit dans un ensemble de significations historiquement associées à la critique des effets néfastes de la propriété privée et à une aspiration persistante à la communauté des biens. Le terme « communiste » désignait les adhérents à cette communauté.

En résumé, au milieu du XIXe siècle, le communisme impliquait explicitement la revendication de la communauté des biens, considérée comme essentielle au bonheur collectif et se substituant au régime de la propriété privée. Quelle est la signification de la communauté de biens à cette époque ?

Il s'agit de la mutualisation des ressources. En 1840, l'objectif était de mutualiser certains biens, notamment la terre. « Plus de propriété individuelle de terre » ; la terre n’appartient à personne.

Nous revendiquons la jouissance collective des produits de la terre, étant donné que ces derniers appartiennent à l'ensemble de l'humanité. Il s'agissait, bien entendu, d'un communisme à caractère agraire.

Le communisme marxiste postérieur à 1840

La migration forcée des populations rurales vers les centres urbains périphériques, consécutive à l'industrialisation initiale, a engendré de nouvelles problématiques qui sont venues complexifier la conceptualisation du communisme.

A l'ère industrielle, la communauté des biens ne se limite plus au domaine foncier et doit s'étendre aux moyens de production industrielle et d'échange commercial. Quelle forme convient-il de donner à leur appropriation collective complexe ? Dans le contexte de l’industrialisation, l’objectif premier se déplace de la garantie de la récolte à l’organisation structurée de la production. Dans ce contexte, le communisme requiert une transformation radicale du système de production.

Pour ce faire, il est nécessaire d'articuler une évaluation éthique aux connaissances économiques. Pour les communistes du XIXe siècle, l'avènement d'un nouvel ordre social constitue un impératif. La question fondamentale réside dans la détermination des modalités permettant d'atteindre cet objectif à partir de la situation actuelle. La transition s'effectuera-t-elle par le biais d'une évolution pacifique, résultant de l'efficacité de la propagande, ou par le biais d'une révolution politico-sociale violente ?

Socialisme ou communisme ?

Une distinction claire entre les deux termes fait défaut. Quelle est la relation sémantique entre le communisme et le socialisme ? La complexité sémantique, idéologique, historique et politique de ce problème est considérable. Au début du XIXe siècle, le terme « socialisme » désignait communément tout projet de reconstruction sociale, englobant tant l'objectif visé que les moyens envisagés pour y parvenir.

Le socialisme représente, par conséquent, la désignation générique de toute aspiration à une réorganisation sociale fondamentale qui transcende le système actuel de la propriété privée. Dans cette acception large, il était possible d'affirmer que les communistes des années 1840 représentaient une modalité spécifique de socialistes. Néanmoins, ces deux réalités diffèrent.

Quelle est donc la distinction fondamentale entre les deux termes ? Il existe une matrice commune au socialisme et au communisme, laquelle se manifeste au niveau de la « production des richesses, l’ordre et la rotation des travaux agricoles et industriels, l’éducation des enfants, l’architecture unitaire et tout l’ensemble de l’administration ».

La distinction résiderait dans l'attribution égalitaire des ressources selon les principes du communisme, et dans le respect du droit de propriété selon les préceptes du socialisme. Le socialisme apparaît ainsi comme un parent proche du capitalisme de propriétaires.

Le communisme se présente comme une forme d'humanisme

Selon Marx, le communisme constitue notre condition naturelle originelle. Cela constitue une expression singulière du principe humaniste. Le communisme représente une perspective qui englobe non seulement la sphère politique, mais également le domaine anthropologique. Dans le contexte du communisme, l’être humain est lui-même au centre de la problématique.

Selon Marx, l'idéologie communiste représente une étape déterminante dans la transition progressive de l'animalité naturelle vers une humanité sociale en pleine émergence, aboutissant à l'atteinte de cet être collectif qualifié de « sur-naturel », étant donné sa transformation en un phénomène historico-social propre au genre humain. Il est donc possible de constater une parenté originelle indéniable entre la visée communiste et l’eschatologie religieuse. La religion maintient une dimension aliénée de l'humain.

L’opération théologique fondamentale consiste à projeter l’essence de l’homme hors de lui-même, afin d’en constituer fictivement un être transcendant, Dieu, c’est-à-dire la quintessence de tous les attributs positifs humains portés à leur perfection (Feuerbach).

Selon Marx, la véritable compréhension philosophique requiert le renversement de la représentation aliénée des phénomènes, afin de restituer à l’individu sa position originelle de sujet agissant tant sur la raison que sur le cours de l’histoire.

L'être humain, et lui seul, constitue l'explication de toutes les énigmes. La philosophie authentique se révèle être l'humanisme. Dans une perspective humaniste, l’être humain se définit, selon Marx, non pas comme un simple représentant de l’espèce homo, mais comme un être ayant vocation à s’épanouir en tant que membre générique et social du genre humain. Cette essence transcende absolument les limites de l’individu isolé.

Son efficacité ne se manifeste que dans l'unité de l'individu avec son semblable, dans l'unité du « moi et du toi », au sein de la relation humaine, au sein de la communauté humaine, et, en ce sens, il incarne l'individu communautaire, la communauté.

Il existe, par conséquent, une affinité étroite entre le communisme et l'humanisme dans son acception courante.

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