Le cycle des mains

Le cycle des mains

(Par Dr Wilfried Kabuika)

La vie commence dans un cri et s’achève dans le silence.

Entre ces deux souffles, l’être humain traverse des saisons de fragilité où il a besoin d’être guidé : enfant, par les bras aimants des parents ; vieillard, par la patience des plus jeunes.

Entre la naissance et la mort, vient l’âge de la force, l’instant où l’homme se croit invincible, oubliant parfois qu’il fut porté et qu’il sera, un jour, porté à son tour.

C’est pourtant à cet âge qu’il devient pont entre deux fragilités : il élève l’enfant pour l’initier à la vie, et soutient l’ancien pour l’aider à quitter ce monde avec dignité.

Chez nous, en tshiluba, une sagesse ancienne murmure :

« Kuatshila mwana mpasu, hawakulakaja ne akukuatshila heba. »

Nourris ton enfant, car demain, dans ta vieillesse, c’est lui qui te nourrira.

Les valeurs africaines nous rappellent ce cercle sacré : recevoir, donner, puis recevoir encore.

Un cycle béni, lorsqu’il est entouré d’amour et de gratitude, ces offrandes auxquelles le Dieu de nos ancêtres attache sa bénédiction.

Mais le mépris et l’indifférence, eux, sèment la malédiction dans le cœur de ceux qui les cultivent.

Aimons donc nos parents et nos grands-parents tant que leurs voix répondent encore aux nôtres.

Car l’amour offert trop tard ne console que les vivants, jamais ceux qui sont partis.

À quoi servent les pleurs bruyants et les funérailles fastueuses, si, de leur vivant, nous avons refusé le temps, l’écoute, la présence, un regard posé sans hâte, une main tendue, une parole qui rassure ?

Les écrans nous volent des heures, alors que nos anciens nous ont donné des années.

Pendant que nos yeux s’attachent à la lumière artificielle, leurs regards, eux, attendent encore la nôtre.

Comme l’a si justement écrit Seydou Badian Kouyaté : « L’homme n’est rien sans les hommes ; il vient dans leurs mains et s’en va dans leurs mains. »

Nous arrivons au monde portés par les mains de nos parents, et nous le quittons portés par celles de nos enfants.

Entre ces deux mains se tisse toute notre humanité.

Aimons donc nos vieux avant le silence, honorons-les avant l’absence, entourons-les avant l’adieu.

Car aucune tombe fleurie ne remplacera jamais un amour donné à temps.

Les Notes du Dr Wilfried Kabuika

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Moosonee, Ontario le 25 Janvier 2026.

Comments est propulsé par CComment

Author’s Posts

Image

Download Our Mobile App

Image
Image
© 2026 JoomShaper. All Rights Reserved

Design & Developed by IKODI DESIGN & IT SOLUTIONS