Ndona Kimpa Vita n’a jamais été photographiée : mettons fin au mensonge
(Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé, Activiste, Penseur et Notable de Madimba)
Il y a quelques jours, j’ai réagi sur le mythe qui s’est répandu selon lequel Ndona Kimpa Vita serait l’incarnation de Jeanne d’Arc.
Aujourd’hui, je m’attaque à une autre falsification qui circule avec force : la fameuse photo attribuée à Ndona Kimpa Vita.
Je suis profondément choqué de voir que même des Congolais utilisent une image d’une Sénégalaise pour parler de Ndona Kimpa Vita.
C’est à cause de cette ignorance persistante et de cette falsification répandue que je me sens obligé de réagir à nouveau aujourd’hui.
Il faut appeler les choses par leur nom.
Associer Ndona Kimpa Vita à une photographie relève du mensonge historique pur et simple.
Ndona Kimpa Vita a vécu de 1684 à 1706, au cœur du royaume Kongo, près de deux siècles avant l’invention de la photographie.
Il n’existe donc aucune image photographique d’elle. Toute photo utilisée pour l’illustrer est fausse, anachronique et participe à une falsification de la mémoire kongo.
La photographie massivement relayée sur les réseaux représente en réalité une femme Peulh du Cayor (Sénégal), immortalisée au début du XXᵉ siècle par François-Edmond Fortier.
Continuer à diffuser cette image en la présentant comme Kimpa Vita, ce n’est plus une erreur : c’est une trahison de l’histoire.
Une seule représentation est historiquement recevable : le croquis à l’encre réalisé par le missionnaire capucin Bernardo da Gallo, conservé dans le manuscrit Relazione dell’ultime guerre civili del Regno del Congo.
C’est la seule image légitime. Point.
Mais l’erreur ne s’arrête pas à l’image. Elle est aussi idéologique.
Ndona Kimpa Vita n’était pas l’adepte de saint Antoine que l’on tente de nous vendre.
Née dans une famille initiée du Kingunza, elle a utilisé le vocabulaire catholique comme camouflage, dans une logique de syncrétisme stratégique, afin de protéger la spiritualité Kongo, maintenir le culte des ancêtres et bâtir une résistance spirituelle invulnérable.
Le socle de son combat était la géospiritualité : la connexion entre le peuple, la terre et les forces invisibles du Kongo. Cette géospiritualité structurait sa stratégie, renforçait la résistance et organisait la vie sociale et rituelle autour du territoire sacré.
Cette résistance exigeait le masque pour survivre.
Sans cela, elle aurait été exécutée ou déportée.
Le masque était une arme.
La foi empruntée, un bouclier.
À la tête d’une élite de femmes, Ndona Kimpa Vita n’était ni naïve ni mystique égarée. Elle était stratège spirituelle et politique, ancrée dans la terre et l’espace kongo.
Réduire son combat à une image étrangère ou à une dévotion importée, c’est effacer l’intelligence kongo qui structura sa lutte.
Lorsque le roi Pedro IV la confia au capucin Bernardo da Gallo, ce dernier, enfermé dans sa lecture européenne, parla de « possession diabolique ».
Miguel de Castro, lui, y voyait une manifestation selon la lecture spirituelle kongo.
Le roi Pedro, conscient de la fragilité politique du royaume, refusa d’agir brutalement.
Tout cela est documenté.
Tout cela est connu.
Et pourtant, on persiste à dénaturer Ndona Kimpa Vita, à la vider de sa substance kongo, à la repeindre pour la rendre acceptable ailleurs.
Lui voler son vrai visage, c’est voler son intelligence.
La réduire à une sainte catholique, c’est nier la résistance kongo.
Lui coller une photo étrangère, c’est prolonger la violence coloniale par l’image.
Ndona Kimpa Vita n’a jamais été photographiée.
Mettons fin au mensonge.
Restituons-la à son peuple, à sa pensée, à sa géospiritualité et à son combat.
Assez de confusion. Assez de travestissements.
La mémoire kongo n’est pas un décor. C’est un combat.



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