Paludisme à Masina : le Dr Macaire Munduyu Mambu propose une approche innovante basée sur les “logiques d’acteurs”
Alors que le paludisme demeure l’une des premières causes de morbidité et de mortalité à Kinshasa, particulièrement dans la commune de Masina, le Docteur Macaire Munduyu Mambu, spécialiste en santé publique et médecin de formation, a présenté ce jeudi 12 février 2026 une analyse approfondie des dynamiques locales qui freinent l’efficacité des programmes de prévention.
Face à la recrudescence des cas de paludisme dans cette zone urbaine densément peuplée, marquée par l’urbanisation anarchique, l’insalubrité environnementale et la précarité socio-économique, le chercheur propose un changement de paradigme : passer d’une approche strictement biomédicale à une stratégie systémique et territorialisée.
Sous la direction académique des Professeurs Ngo Likeng Louise et S. M. Ambongo épse Mvoa de l’Université Catholique d’Afrique Centrale, le Dr Macaire inscrit sa recherche à l’interface entre santé publique, sociologie des organisations et analyse des politiques publiques.
Son apport majeur repose sur l’analyse des “logiques d’acteurs”, c’est-à-dire l’ensemble des intérêts, contraintes, stratégies et représentations qui influencent les comportements des parties prenantes impliquées dans la lutte contre le paludisme.
Selon lui, la persistance de la maladie à Masina ne s’explique pas uniquement par un manque de connaissances techniques ou d’outils médicaux, mais plutôt par un déficit d’articulation stratégique entre les différents acteurs : autorités sanitaires, formations médicales, partenaires techniques et financiers, responsables politiques locaux, leaders communautaires et ménages exposés au risque.
L’étude démontre que chaque acteur intervient selon une logique propre : Les autorités sanitaires privilégient une logique institutionnelle axée sur les résultats mesurables et la redevabilité.
Les prestataires de soins font face à une logique professionnelle contrainte par la rareté des ressources. Les partenaires financiers poursuivent une logique de performance et de visibilité. Les acteurs politiques locaux sont souvent guidés par une logique de légitimité et d’ancrage électoral.
Les communautés développent des logiques culturelles et économiques qui influencent l’acceptabilité des mesures préventives.
Pour le Dr Macaire, la clé du succès réside dans l’articulation de ces rationalités plutôt que dans leur opposition.
Le chercheur propose un modèle structuré autour de quatre séquences intégrées :
1. Cartographie stratégique des acteurs
2. Organisation d’un forum multisectoriel de concertation
3. Élaboration participative d’un plan d’action territorialisé
4. Mise en place d’un mécanisme de suivi-évaluation partagé et redevable
Cette approche vise à transformer les tensions potentielles en leviers de convergence et à instaurer une participation effective des communautés dans la définition des priorités, notamment en matière d’assainissement environnemental, de communication adaptée aux réalités locales et de surveillance communautaire renforcée.
Au-delà de l’aspect sanitaire, le Dr Macaire souligne que la lutte contre le paludisme est aussi une question de gouvernance publique. La répartition des ressources, la planification urbaine, la coordination intersectorielle et l’engagement des élus locaux sont autant de facteurs déterminants pour assurer la durabilité des interventions.
Son approche reconnaît que toute stratégie efficace doit s’inscrire dans les dynamiques décisionnelles locales et bénéficier d’un ancrage institutionnel solide.
Vers une réforme de la gouvernance sanitaire urbaine ?
L’originalité de cette recherche réside dans la transformation d’un concept analytique – les logiques d’acteurs – en outil stratégique de planification territoriale. Elle offre ainsi aux décideurs un cadre d’aide à la décision fondé sur l’analyse des rapports de force, des intérêts convergents et des marges de négociation.
Au-delà du cas de Masina, ce modèle présente un potentiel de transférabilité vers d’autres districts urbains confrontés à des défis similaires en Afrique.
La contribution du Docteur Macaire Munduyu Mambu dépasse le cadre strictement biomédical du paludisme. Elle propose une reconfiguration stratégique de la prévention fondée sur l’intelligence collective, la gouvernance collaborative et la co-production des politiques publiques.
Dans un contexte où le paludisme continue de faire des victimes à Kinshasa, cette approche pourrait bien ouvrir la voie à une nouvelle génération de programmes de santé publique, plus ancrés dans les réalités locales et plus durables dans leurs impacts.
Bosco Kiaka



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